une part de ciel

  • Une part de ciel

    J'ai eu la chance de participer aux matchs littéraires de la rentrée 2013, organisés pas Priceminister Rakuten.

    Voici le livre que j'ai reçu:

    Claudie Gallay 'Une part de ciel'matchs littéraires,priceminister,claudie gallay,une part de ciel,fleur de lotus

    Actes Sud


    J'ai fait connaissance avec ce livre par l'intermédiaire de sa quatrième de couverture, et notre histoire a mal commencée. Le point de vue des éditeurs le qualifie de roman d'atmosphère, je m'attendais donc à un livre d'accompagnement, une distraction.

    Mais dès les premières pages, j'ai pu découvrir une écriture subtile, des personnages rugueux, au caractère fort des montagnes, la vie mise à nue et les secrets tus.

    On est baignés par la lumière froide de l'hiver, happés par l'odeur de la mousse au pied des grands arbres et au lieu de le lire vite, comme les livres qui nous emportent habituellement, on a envie de prendre son temps...d'y revenir...comme si on plongeait nous aussi notre doigt dans le pot de miel pur au goût fort, presque fumé, de Carole.

    La trame nous emporte dans cette formidable fiction, dans un val rêvé par Claudie Gallay, dans les errances de Carole qui est une étrangère dans le lieu de son enfance. Elle retrouve son frère Philippe qui est sur les traces d'Hannibal et sa soeur Gaby brute, sans le sou, flanquée d'une Môme de parents inconnus.

    Elle revient s'installer dans un gîte, dans l'attente de leur père Curtil, toujours présent dans leurs esprits car il a toujours su se faire désirer, allant et venant au gré de boules à neige, symbole ancré en eux depuis leur enfance.

    Carole s'est toujours posé trop de questions, a toujours été différente...à mon avis ce qui m'a le plus touché dans ce roman, c'est qu'il vous immerge dans les limbes d'une dépressive. On retrouve tous les éléments de "la maladie" comme l'appelle O. Adam, qui a, je trouve un univers qui se rapproche de celui de Claudie Gallay.

    On se retrouve dans un état contemplatif avec Carole, elle nous fait survoler les choses, tout en s'accrochant à des détails de la vie. On ressent cette souffrance délicate, cette drogue nonchalante qu'est l'état dépressif, un lâcher-prise dont il est si dur de sortir. Carole est sensible depuis toujours, et l'incendie qu'elle a subit très jeune, a créé un déséquilibre dans sa relation avec sa mère et sa soeur. Sa mère ne pouvait en sauver que deux d'entre eux, et elle l'a prise elle et son frère, laissant Gaby seule en proie aux flammes. Gaby s'en est sortie, avec les poumons endommagés, et Carole ne peut s'empêcher de porter une lourde culpabilité. Elle se focalise sur les questions sans réponses, les ressasse, pourquoi ma mère m'a sauvée?, elle est superstitieuse, j'ai des yeux magiques qui me permettent d'être choisie, elle fantasme sur le beau Don jean, elle se donne des repères chaque jours pour s'accrocher au réel, les photographies de la belle serveuse, elle va voir un homme sage, le vieux Sam...

    Claudie Gallay a dans ce livre, et de mon point de vue très personnel, une écriture sans longueurs, un don pour la description, et des formules très courtes qui en disent long, très douces et fines, ce qui est assez rare, qui m'ont presque ramenées vers du Prévert.

    Je vous rapporte quelques exemples forts:

    p74 'Avec le temps, je suis devenue nomade de lui et de tous ces endroits. De lui surtout. Les pères font les failles des filles.'

    p278 'J'avais son coeur son ma main. Se souvenir permet de ralentir la perte des êtres comme celle des choses. Quand j'aurais tout oublié, je me souviendrais de ce battement de coeur, une résonance particulière. Je ne sais pas combien de temps cette danse a duré. Et puis la musique s'est arrêtée, la terre a ralentir, elle a stoppé. Ma main s'est attardée encore. A glissé sur le torse. Je l'ai posée sur son bras, sa peau était brûlante. L'éternité était finie.'

    p322 'Je suis restée immobile, le regard vissé sur mes godasses. Une boule de marbre dans le ventre, l'intérieur brûlant. Je sais. C'est tout ce qu'elle a dit. Je sais...Je suis sortie du bungalow. J'ai marché. Les choses arrivent. Elles arrivent toujours. L'eau du lavoir avait gelée.'

    p416 'J'ai écarté mes doigts dans ce dos. Un autre dos que celui du père des filles. J'étais capable d'aimer encore. D'aimer à nouveau. Je n'étais pas morte à l'intérieur. Un instant, j'ai été tentée. Tentée de faire cela. Lever les yeux sur lui grand ouvert.'

    La fin ne nous mène pas où on le pensait et c'est très agréable, vous l'aurez compris, ce roman m'a fait rêver, et m'a sûrement ramené vers mes propres expériences, alors si chacun dans le roman a sa part de ciel, nous on a une part d'Elle...